Représentation des thérapeutes à la télévision

Les thérapies à la télé : fiction ou réalité ?

La psychologie et les thérapeutes de l’esprit figurent parmi les sujets de prédilection dans le septième art. Or, les scènes de thérapie à la télévision et au cinéma ne représentent souvent pas la réalité.
Les séries télévisées et les films ne sont pas « juste du divertissement », car ils sont aussi le moyen pour les personnes de s’informer sur des professions, des pratiques et d’autres choses qui ne leur sont pas familières.
Les représentations de thérapeutes non éthiques et inexactes à l’écran peuvent entacher l’ouverture d’esprit d’une personne qui souhaite suivre une thérapie.

Si les thérapeutes vus à la télévision et au cinéma représentaient la plupart des thérapeutes de la vie réelle, il n’est pas sûr que certains professionnels seraient devenus thérapeute ! Certes, il existe quelques représentations semi-réalistes ou positives à l’écran. Mais avec autant de représentations inexactes, comment le public est-il censé faire la différence entre normal et anormal ?

Quelques exemples douteux de séries et de films : Gypsy, Billions, In Treatment

Dans la série Gypsy, le personnage de Naomi Watts, le Dr Jean Holloway, psychologue, ne cesse de parler de confidentialité (par exemple, « Je ne peux pas partager ceci ou cela à cause de la confidentialité »). Pourtant, elle remet nonchalamment ses notes de traitement complètes à un fonctionnaire… Les thérapeutes ne peuvent pas faire ça n’importe comment ! Ils ont généralement besoin de l’autorisation du patient ou d’une ordonnance du tribunal. De plus, elle révèle les détails de ses séances à toutes sortes de personnes. Elle sort et rencontre les personnes dont ses patients lui parlent, et couche même avec l’une d’entre elles. Bravo l’éthique !
Elle semble également essayer de garder ses patients dépendants d’elle, leur ment et ment à ses collègues à leur sujet, et falsifie des notes. Voilà de quoi donner confiance à des personnes de rencontrer un spécialiste de la santé mentale…

Ce n’est pas comme ça que ça devrait fonctionner. Pourtant, ceux qui ne sont pas familiers avec la thérapie pourraient considérer ces incidences comme la norme – ou du moins comme une expérience possible. En réalité, si le Dr Jean Holloway était dénoncée pour l’un de ces comportements illégaux ou contraires à l’éthique, elle pourrait faire l’objet de mesures disciplinaires et peut-être perdre son autorisation d’exercer en tant que professionnel.

Si la présence de Naomi Watts à l’affiche de série s’avérait prometteuse, le succès n’a pas été au rendez-vous puisque Netflix a stoppé la série à la fin de la première saison.

Dans la série américaine Billions, les réunions avec la psychiatre Dr Wendy Rhoades se déroulent parfois avec peu ou pas d’intimité. Les collègues de travail font occasionnellement irruption au milieu de l’échange. Et c’est peut-être normal pour une « coach de performance » de Wall Street, ce qu’un examen approfondi du personnage en ligne a révélé comme étant son deuxième titre. Cependant, ce ne sont pas des expériences typiques et généralement pas propices à une bonne « thérapie ». Petite parenthèse à ce propos : si des personnes regardent, écoutent ou se joignent à vos séances de psychothérapie sans votre permission, veuillez réévaluer cette relation professionnelle).

Dans le film original « In Treatment », le personnage du Dr Paul Weston commence assez bien. Puis, ses limites thérapeutiques s’estompent. Par exemple, il s’occupe de la tortue d’un enfant patient. Cela crée un double rôle, distinct de la thérapie, qui pourrait nuire au processus thérapeutique. Par exemple, et si l’animal mourrait ? Cela pourrait faire dérailler le traitement de l’enfant.

Finalement, les limites du Dr Weston dérapent vraiment. L’exemple le plus clair ? Il couche avec son patient. Et bien que de nombreuses séries télévisées incluent des relations sexuelles entre un thérapeute et son patient, c’est un abus de pouvoir flagrant de la part du thérapeute. Un praticien peut perdre sa licence pour avoir fait ça. Ce n’est ni approprié ni éthique, et, dans de nombreux États, c’est illégal.

« Mais c’est juste du divertissement »

Bien sûr que l’on comprend que les thérapeutes soient représentés de manière sensationnelle et incorrecte « à des fins de divertissement ». Oui, c’est du « faux-semblant ». Et, cela peut même être drôle comme dans le court métrage Psy-show – contrairement à cette horrible émission au titre homonyme qui a sévit dans les 80…
Cependant, les différents films et séries qui veulent avoir une approche réaliste de la profession risque d’induire une certaine confusion dans l’esprit du public, ce qui pourrait empêcher la recherche d’aide.

Bien qu’il existe peu d’études applicables, un article scientifique de 2014 confirme que les représentations télévisées influencent la perception qu’ont les téléspectateurs des professionnels, des domaines, des procédures, de l’auto-stigmatisation, de la société et de la recherche d’aide. Les représentations négatives, non éthiques et inexactes de la thérapie à l’écran peuvent contribuer à ce que les gens évitent l’aide. Et c’est pourquoi, à l’instar des messages préventifs sur les paquets de cigarette, les messages publicitaires du type manger-bouger, peut-être faudrait-il que les émissions de télévision et les films affichent des avertissements. Quelque chose du genre :

Contrairement à ce que vous venez de voir,

La thérapie éthique n’inclut pas le sexe.

Les thérapeutes éthiques ne cherchent pas intentionnellement à établir des relations sociales avec vous, vos amis ou votre famille.

À moins que vous ne l’autorisiez (ou peut-être s’il s’agit d’une urgence de vie ou de mort), les thérapeutes éthiques ne partagent pas vos informations privées avec leurs – ou vos – amis et votre famille.

Les thérapeutes éthiques ne vous exploitent pas.

Non, un thérapeute ne couche pas avec son client. Cette mécanique bien connue en psychanalyse est le transfert que peut faire le patient envers son thérapeute. Eli est aussi un transfert des représentations fantasmées et un lieu commun dans l’inconscient collectif.


Pourquoi les représentations médiatiques sont importantes

La thérapie n’est pas une pratique de guérison comme les autres. Par exemple, la plupart des gens comprennent le rôle des chirurgiens dans la vie réelle. Même s’ils sont dépeints à l’écran de manière erronée ou sans scrupules, les attentes du public à l’égard des médecins chirurgiens ne changeront probablement pas. La thérapie, en revanche, est moins connue, comprise ou définie dans la vie réelle (et encore moins à la télévision et au cinéma).

La thérapie se déroule à huis clos et est personnelle : elle traite des maladies mentales, des traumatismes, des préoccupations existentielles, des problèmes relationnels et d’autres questions privées. Quelle que soit la philosophie thérapeutique sur laquelle le thérapeute s’appuie pour aider le patient à atteindre ses objectifs, il s’agit d’un processus vulnérable pour le patient. Il faut avoir confiance dans son thérapeute ou, à tout le moins, dans le processus thérapeutique. Je vous le demande donc : Pourquoi le public aurait-il confiance dans l’un ou l’autre s’il voit constamment dans les médias des thérapeutes malhonnêtes, exploiteurs, non éthiques, violant la loi, extrêmement émotifs et sans limites ?

Quelques bons exemples de représentation de la thérapie à l’écran

Peut-être avez-vous regarder The Patient, une série qui bat en brèche l’intrigue traditionnelle sensationnaliste du thérapeute qui fait du mal à son patient. Dans cette série à suspense, le patient kidnappe le thérapeute pour obtenir l’aide dont il pense avoir besoin. (meilleure idée ever)

Malgré ces circonstances horribles, effrayantes et anormales, on ne peut qu’être soulagé de voir le personnage interprété par Steve Carell, à savoir le Dr Alan Strauss, fournir l’une des thérapies les plus éthiques que l’on ait vues dans une série : centrée sur le patient, axée sur les objectifs et discutant des limites éthiques et des approches thérapeutiques en cours de route. Il y parvient même en travaillant sous une contrainte incroyable : il est enchaîné à un lit et contraint de fournir un traitement. Croisons les doigts pour que cela ne donne pas des idées à tous les patients de faire de même avec leur thérapeute !!!

L’essentiel est là : un bon thérapeute vous écoutera intensément et sera à l’écoute de vos intérêts tout en vous aidant à explorer vos pensées, vos comportements et vos sentiments. Un bon thérapeute vous aidera à progresser et à atteindre vos objectifs thérapeutiques. Un bon thérapeute respectera ses lois et son éthique.

Serie En therapie Arte
Frédéric Pierrot est Philippe Dayan et Carole Bouquet est Esther dans la série d’Eric Toledano et Olivier Nakache « En Thérapie ». Même si l’on peut critiquer certaines invraisemblances et caricatures de la série diffusée sur Arte, elle reste intéressante et a suscité un certain engouement et de nombreuses discussions sur la profession et la relation patient-thérapeute

Appel à l’action

Vous envisagez peut-être d’entamer une thérapie, mais la principale expérience que vous en avez eue a été de la regarder dans une série ou un film. Si c’est le cas, contactez un thérapeute et faîtes lui part de vos interrogations. Vous pouvez tout à fait poser des questions sur ce que vous avez vu à l’écran et qui vous a mis mal à l’aise ou vous a laissé perplexe. Par exemple : « J’ai vu X dans l’émission Y. Est-ce normal en thérapie ? »

Malheureusement, un bon thérapeute n’est souvent pas ce que l’on voit à la télévision et dans les films. Pour autant, ne laissez pas cela vous empêcher d’obtenir le soutien que vous souhaitez ou dont vous avez besoin. Vous pouvez faire autant confiance à un thérapeute à l’écran pour représenter une thérapie réelle qu’à Meredith Grey pour pratiquer une intervention chirurgicale. Et même si vous seriez prêt à confier votre vie à Meredith Grey parce que vous l’aimez bien !

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